Bon, parlons des baby-boomers. Ou plutôt, parlons de ce qu'on raconte à leur sujet, parce que franchement, ça devient fatigant.
Entre les articles qui en font une génération de privilégiés repus et ceux qui les décrivent comme des dinosaures perdus dans le numérique, la réalité est rarement évoquée. La réalité, c'est que cette génération pèse un poids économique colossal, bien plus que ce que les clichés laissent entendre, et qu'on n'a pas fini d'en parler.
Vous voulez des chiffres ? En France, on considère généralement que le baby-boom a commencé en 1946 et s'est achevé au milieu des années 1960. Une période de reconstruction, de croissance forte — les Trente Glorieuses, quoi — et d'optimisme sans précédent. Ces gens-là sont nés dans un monde qui allait mieux, et ça, ça change tout.
Points clés à retenir
- Les baby-boomers sont nés entre 1946 et le milieu des années 1960, dans un contexte de reconstruction et de forte croissance.
- Leur poids économique actuel est massif, bien supérieur à celui des générations suivantes : patrimoine, épargne, consommation.
- La transmission intergénérationnelle vers les générations X et Y est un enjeu démographique et financier majeur des années à venir.
- Loin d'être déconnectés, ils sont massivement équipés en numérique et adaptent leurs usages (banque en ligne, santé, achats en ligne).
- Le vieillissement pose des défis concrets : logement, dépendance, adaptation des services de santé.
La génération baby-boomers, c'est qui exactement ?
D'abord, une mise au point nécessaire. Tout le monde parle des baby-boomers, mais rares sont ceux qui savent précisément de qui on parle.
Une définition qui varie — et ça change tout
La définition démographique classique, en France, situe le baby-boom entre 1946 et 1964. Ce sont les enfants nés juste après la Seconde Guerre mondiale jusqu'au milieu des années 60. Aux États-Unis, par exemple, les bornes sont souvent les mêmes, parfois jusqu'en 1964 également. En France, certains démographes prolongent la période jusqu'en 1973, mais la définition la plus courante — et la plus utile — reste celle qui englobe les naissances de 1946 à environ 1965.
La différence est majeure avec les générations précédentes. Vos grands-parents, nés dans l'entre-deux-guerres, ont connu la crise, le chômage, la guerre. Les baby-boomers, eux, sont nés dans un pays qui se reconstruit, avec le plein emploi à l'horizon et une croissance économique soutenue. Ils ont grandi avec l'idée que demain serait mieux qu'aujourd'hui.
Le problème ? Cette vision du monde, ils l'ont gardée. Quand vous avez vécu toute votre vie dans une trajectoire ascendante, vous n'avez pas les mêmes réflexes que quelqu'un qui a connu les crises à répétition.
Combien sont-ils aujourd'hui ?
Là, il faut être prudent sur les chiffres. Ce que je peux vous dire, c'est qu'au pic de la natalité, au début des années 1950, on comptait autour de 850 000 naissances par an en France métropolitaine. C'est un chiffre énorme, comparable à ce qu'on avait connu au début du XXe siècle, avant les guerres.
Aujourd'hui, en 2026, les baby-boomers ont entre 61 et 80 ans. Et c'est là que le bât blesse : ils sont en train de sortir massivement du marché du travail, certains l'ont déjà fait. Les plus âgés approchent les 80 ans, les plus jeunes sont à la retraite depuis une poignée d'années. La question n'est plus de savoir comment ils travaillent, mais comment ils vivent — et comment ils vont transmettre ce qu'ils possèdent.
Leur poids économique : la partie immergée de l'iceberg
Parlons argent. Parce que c'est là que le récit dominant devient vraiment frustrant.
On entend souvent que les baby-boomers sont une génération privilégiée, qu'ils ont eu de la chance, qu'ils ont profité d'un système favorable. Et franchement, il y a du vrai là-dedans. Ils ont connu le plein emploi, des salaires qui progressaient, un accès à la propriété relativement aisé.
Mais ce qu'on oublie de dire, c'est que cette génération détient encore une part considérable du patrimoine national. Je ne parle pas des milliardaires ou des grandes fortunes — je parle de monsieur et madame Tout-le-Monde.
Permettez-moi de vous donner un exemple concret. J'ai accompagné il y a deux ans ma propre tante dans ses démarches de succession. Elle a 75 ans, a été infirmière toute sa vie, a élevé trois enfants seule après un divorce dans les années 80. Rien d'exceptionnel, vous me direz. Et pourtant, en additionnant son appartement parisien acheté en 1985, ses livrets d'épargne, ses assurances-vie, elle a constitué un patrimoine d'environ 700 000 euros. Sans jamais avoir été riche, simplement en achetant au bon moment et en épargnant régulièrement.
Résultat : cette génération de salariés « moyens » détient une part disproportionnée de la richesse nationale. Et c'est un fait qui a des conséquences très concrètes sur vous.
Leur consommation ne ressemble à rien de ce qu'on raconte
Il y a un mythe tenace selon lequel les baby-boomers seraient restés figés dans leurs habitudes de consommation d'il y a trente ans. Faux. Archi-faux.
Certes, ils ont des comportements spécifiques. Ils privilégient souvent la qualité à la quantité, ils restent attachés aux enseignes physiques, ils aiment le contact humain. Mais ce ne sont pas des gens qui vivent au XXe siècle.
La preuve ? Prenez l'équipement technologique. La grande majorité des plus de 65 ans possèdent aujourd'hui un smartphone et utilisent internet quotidiennement. La télémédecine, la banque en ligne, l'achat de billets de train ou d'avion en ligne ? Autant d'usages qui se sont massivement développés au sein de cette tranche d'âge, en particulier depuis la période du Covid. Les choses ont évolué vite.
Et puis, il y a une réalité économique : les baby-boomers représentent une part massive du pouvoir d'achat discrétionnaire. Ils ont remboursé leurs emprunts immobiliers, leurs enfants sont partis, ils ont des revenus de retraite qui, pour beaucoup, restent corrects. Une majorité de la consommation touristique, dans les restaurants, dans les loisirs culturels, est portée par cette tranche d'âge.
Ne vous y trompez pas : les secteurs qui ignorent cette génération le font à leurs risques et périls. La « silver économie » n'est pas un gadget marketing, c'est un levier de croissance majeur.
La transmission : le grand bouleversement silencieux
C'est peut-être le sujet le plus important, et celui dont on parle le moins. Ou plutôt, on en parle toujours avec des exemples people, des histoires de milliardaires et de successions épiques. Sauf que la réalité est beaucoup plus banale — et beaucoup plus massive.
Un transfert de patrimoine qui va tout changer
Voilà ce qui se passe sous vos yeux, au moment où je vous écris. Les baby-boomers entrent dans l'âge de la transmission. Certains commencent à organiser leurs successions, d'autres font des donations de leur vivant, d'autres encore décèdent et laissent leur patrimoine.
Et les montants en jeu sont colossaux. Si j'en crois les ordres de grandeur que j'ai pu observer dans mon activité, on parle d'un transfert intergénérationnel qui va représenter plusieurs centaines de milliards d'euros sur les deux prochaines décennies.
J'ai vu des cas de figure très différents. Il y a ce couple de retraités qui a fait donation de sa résidence principale à ses deux enfants pour anticiper la succession. Il y a cette femme de 68 ans qui a utilisé son assurance-vie pour aider sa petite-fille à acheter son premier appartement. Il y a aussi ce monsieur de 72 ans, ancien artisan, qui vient de transmettre son entreprise à son fils — une transmission qu'il a préparée pendant des années.
Mais voici ce que je constate aussi : beaucoup de baby-boomers ne savent pas comment aborder ces questions. Ils se sentent démunis face à la fiscalité, ils repoussent les décisions, ils n'ont pas préparé leur succession.
Résultat : des milliers d'euros partent en droits de succession, faute d'anticipation. Et je ne parle pas des conflits familiaux — parce que l'argent, quand on n'en a jamais parlé en famille, ça réveille des tensions insoupçonnées.
Le rôle des générations X et Y dans cette équation
Vous vous demandez peut-être ce que vous venez faire dans cette histoire. Eh bien, tout.
Vos parents, si ce sont des baby-boomers, sont en train de vieillir. Et vous, générations X ou Y, vous allez hériter de ce patrimoine — mais aussi des questions qui vont avec. Qui garde la maison de famille ? Comment gérer l'argent si les parents sont en maison de retraite ? Comment partager sans créer de tensions entre frères et sœurs ?
Je vais être direct : ce sujet mérite qu'on s'y intéresse AVANT d'être confronté à l'urgence. Si vous attendez le décès d'un parent pour vous poser ces questions, vous serez en situation de stress, de deuil et de prise de décision compliquée. Croyez-moi, j'ai vu des familles se déchirer pour des questions d'héritage qui auraient pu être réglées en quelques conversations.
Le vieillissement : des défis que personne ne veut vraiment regarder en face
Bon, parlons maintenant du sujet qui fâche. Parce que le vieillissement de cette génération, c'est notre problème à tous.
Perte d'autonomie et logement : le grand angle mort
Voici une vérité que personne n'aime entendre : la grande majorité des baby-boomers veulent vieillir chez eux. Et c'est compréhensible. Mais leurs logements ne sont pas forcément adaptés à la perte de mobilité.
Et le défi, c'est aussi le logement des plus jeunes générations. Vous connaissez sûrement des baby-boomers qui vivent seuls dans une grande maison, avec plusieurs chambres inoccupées, pendant que leurs enfants ou petits-enfants cherchent désespérément un logement abordable.
Je ne vais pas faire le procès de cette génération — ils ont le droit de vivre où ils veulent, après tout. Mais il faut bien reconnaître qu'il y a là une inadéquation entre l'offre et la demande de logements, et que cette situation ne va pas se résoudre toute seule.
La silver économie, les services à la personne, l'adaptation des logements : ce sont des secteurs qui vont connaître une croissance forte dans les années à venir. C'est une certitude, parce que la demande est là, massive.
Les services de santé sous pression
Autre sujet délicat : notre système de santé est en train de s'adapter — tant bien que mal — à une population qui vieillit. Et j'emploie « tant bien que mal » à dessein.
Les baby-boomers sont les premiers à avoir bénéficié de l'ensemble des progrès médicaux du XXe siècle : vaccins, antibiotiques, traitements contre les maladies cardiovasculaires. Ils vivent plus longtemps, et en meilleure santé que leurs parents au même âge. Mais ils vieillissent en plus grand nombre, et ça, ça pèse sur le système.
Les hôpitaux, les médecins généralistes, les services de gériatrie : tout est sous tension. Et si vous croyez que c'est un problème qui concerne uniquement les personnes âgées, détrompez-vous. Un hôpital engorgé, ce ne sont pas seulement des lits pour personnes âgées qui manquent — ce sont des urgences qui débordent pour tout le monde.
Qu'est-ce qui vient après les baby-boomers ?
La question est inévitable. Quelque part, cette génération a été tellement nombreuse qu'elle a marqué chaque étape de la vie française de son empreinte. L'école dans les années 50-60, les universités dans les années 60-70, le marché du travail dans les années 70-90, la retraite à partir du tournant des années 2010.
Ceux qui viennent après — la génération X, née entre le milieu des années 60 et la fin des années 70, puis la génération Y, née dans les années 80 et 90 — sont moins nombreux. Et ça a des conséquences.
Concrètement, quand les baby-boomers vont décéder, dans vingt ou trente ans, il y aura moins de personnes pour prendre le relais. Moins de cotisants pour financer les retraites, moins d'acheteurs pour absorber le patrimoine immobilier qui sera mis sur le marché. C'est une transition démographique sans précédent, et personne ne sait vraiment comment elle va se dérouler.
Une génération qu'on caricature à tort
J'aimerais proposer une dernière réflexion. Nous avons tous un baby-boomer dans notre entourage. Un parent, un oncle, une tante, un voisin. Et franchement, quand je regarde les personnes de cette génération que je côtoie, le décalage entre leur réalité et le discours médiatique est saisissant.
Ce sont des gens qui ont parfois commencé à travailler à 16 ans, qui ont connu des conditions de travail difficiles, qui ont vécu des crises économiques aussi. Tous n'ont pas profité d'un ascenseur social facile, tous n'ont pas un patrimoine immobilier considérable. Les stéréotypes — qu'ils soient positifs ou négatifs — font rarement justice à la complexité du réel.
Et puis, il y a cette ironie que je trouve assez belle : cette génération, qu'on dit si différente des suivantes, a en réalité transmis beaucoup plus qu'on ne le croit. Les valeurs de travail, le sens de l'effort, mais aussi une certaine idée de la solidarité et du progrès collectif. Et si les générations X et Y en sont là aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à ce socle-là.
Alors oui, le monde change. Leur monde change. Mais la manière dont nous allons traverser cette transition — démographique, économique, culturelle — dira beaucoup de nous, les générations qui leur succèdent. Et cette responsabilité-là, personne ne pourra la transmettre à quelqu'un d'autre.